Après avoir parcouru toute l'histoire des systèmes monetaires, nous consacrerons ce chapitre à l'analyse plus détallée du système monétaire actuel et des graves problèmes que ce système génère, tant au niveau du marché et de la société intérieure, qu'au niveau du commerce extérieur et de la société mondiale.
2. Les formes du systeme monetaire actual.
Au long de l'évoljution des systèmes monétaires, une brêche de plus en plus profonde s'est auverte entre la valeur concrète-intrinsèque des métaux précieux et la valeur auxiliaire-abstraite des instruments cométaires. Avec l'apparition du papier monnaie, ces deus réalités demaurent définitivement dissociées et, dès lors, elles n'ont plus rien à voir l'une avec l'autre.
Parvenu à ce stade de développement, le système monétaire, libéré du lest pesant des métaux, peut évoluer vers des formes toujours plus intangibles, plus dématétialisées, plus abstraites, en accord avec sa nature primitive.
Et c'est, effectivement, ce qui s'est produit et ce qui continue à se produire actuellement, sous nos yeux. Aujourd'hui le papier monnaie, complètement dissocié de l'or, n'est plus l'unique instrument monétaire employé. Est venu s'ajouter à lui ce qu'on appelle argent scriptural au argent bancaire, qui est une invention des banques pour faire front à la pénurie de papier monnaie. L'émission de celui-ci est, officiellement, contrôlée par l'Etat à travers de sa Banque Centrale.
L'argent scriptural n'est autre que l'inscription d'unités monétaires dans un compte courant ouvert dans un établissement bancaire. On déposa dans la banque une certaine quantité de papier monnaie et, pour cette même quantité, la banque ouvre un compte courant dans lequel il y aura seulement les inscriptions de mouvement d'unités monétaires. Les paiements et les encaissements ne se feront plus en remettant des billets de la main à la main, mais par un simple jeu d'écritures entre comptes différents: celui du client et celui du fournisseru.
Or, à tout moment, le propiétaire d'un compte courant, si celui-ci est à vue, a la droit de convertir le montant de son compte courant en papier monnaie. A ce point de vue, la circulation monétaire, repr'esent'ee par les passations d'écritures entre comtes courants, doit être considérée comme subsidiaire de la circulation de papier monnaie, puisqu'elle n'a pas une indépendance totale.
La circulation monétaire scripturale s'est convertie en l'instrument monétaire par excellence dans tous les pays aù le développement du commerce et de l'industrie concourent à multiplier les échanges effectués: elle est très commode, elle ne se perd pas, et, surtout, comme nous le verrons dans le prochain paragraphe, elle est le moyen par excellence du crédit bancaire. Dans certains pays, la circulation d'argent scriptural parvient à représenter jusqu'au 80 % de la circulation monétaire totale.
L'évolution technologique continue, d'autre part, convertit rapidement la circulation scripturale en circulation electronique: qulques simples pulsations électriques et quelques mémoires magnétiques sont suffisantes pour réaliser les passations d'écritures. On peut ,éme supprimer le classique «talon de chèque» par des systèmes sophistiqués de transferts électroniques de fonds.
Cette dématérialisation croissante de la réalité monétaire est la preuve la plus évidente de sa nature fondamentalement instrumentale abstraite.
3. Invention d'argent dans le systeme monetaire actuel.
Nous nous trouvons donc, actuellement, face à deux formes différenciées d'instruments monétaires:
En descendant à un niveau d'analyse plus précis, la théorie communément reçue par les spécialistes rend manifeste que la possibilité d'invention d'argent bancaire scriptural est fonction de trois réalités.
Première réalité. L'émission de pouvoir d'achat de la part de la Banque Centrale. Nous avons déjà dit que les instruments bancaires scripturaux sont subsidiaires du papier monnaie -ou, en général, de pñassif de la Banque Centrale -il ne peut y avoir une nouvelle invention d'argent acriptural bancaire. Si la Banque Centrale ne crée pas de nouveau pouvoir d'achat, les banques privées ne peuvent pas le faire non plus.
Seconce réalité: La relation entre effectif et dépôts choisie par le public. En effet, si les gens préfèrent garder le papier monnaie chez eux, au lieu de le porter à la banque, les dépôts seront moindres, et sera moindre, par conséquent, la possibilité d'inventer su pouvoir d'achat à partir de ces dépôts. Inversement, plus on dépose dans la banque, plus grande sera la capacité de celle-ci d'accorder des crédits.
Tresième réalité: La relation entre réserves et dépôts que maintient chaque banque. Si nous entendons par réserves d'une banque la somme totale du papier monnaie et des pièces de monnaie déposés dans la banque par ses clients, plus les dépôts de cette banque dans la Banque Centrale, nous verrons qu'ils correspondent à ce que nous pourrions appeler sa «masse de maoeuvre». La relation entre ces réseves et le total des dépôts détenus par ses clients (soit par dépôt préalable déffectif, soit par drédit), est ce que l'on appelle coefficient de caisse, et nous avons déjà dit qu'il était fondamental pour assurer, àq rout moment, la convertibilité de ces dépôts. De sorte que la concession de crédits -qui suppose l'ouverture de nouveaux comptes- ne peut metre en péril cette relation.
Etant donné que le coefficient de caisse est fondamental pour garantir la liquidité de la banque, c'est-à-dire, sa capacité de convertir les dépôts en effectif, la Banque Centrale possède deux instruments principaux pour la garantir:
Mais cette vision de la réalité, qui est couramment reçue et définie par la majorité des experts, peut être contestée et mise en doute dans ses aspects les plus fondamentaux. Pour tout ce qui se dira dans la souite, nous renvoyons à l'article de Francisco Vergara: Les faux fuyants du monétarisme2.
La première chose que l'on peut objecter, c'est que la Banque Centrale elle-même, est incapable de contrôler son émission monétaire. Nous avons déjà vu que la Banque Centrale invente de l'argent chaque fois qu'elle émet des billets en fonction de crédit. Or, la Banque Centrale ne peut refuser aux banques le réescompte de papier signé par des entreprises solvables, sans metre en péril toute la pyramide du crédit, et elle n'a aucun moyen non plus d'empêcher la hausse de la validité nomilale de ce papier, hausse qui qugmente évidemment la valeur de la masse monétaire.
En second lieu, l'instrument qui a toujours été considéré comme le meilleur pour limiter le crédit bancaire, comme l'est la hausse des taux de réescmpte pratiqué par la Banque Centrale semble obtenir précisément des résultats contraires à ceux que l'on espérait, c'est-à-dire, une plus grande augmentation de la masse monétaire, dûe à ce que les taux d'intérêt élevés attirent encore davangage les capitaux.
Finalemjent, il faut insister sur le fait qu'il existe aujourd'hui une multitude d'autres formes de liquidité, en plus du papier monnaie et des instruments scripturaux bancaires, qui ne peuvent pas être contrôlés par la Banque Centrale. La confusion de cette situation est facilement observable par la simple consideration de la difficulté qui existe pour définir ce que l'on entend par moyens de paiement. F. Vergara cite Lord Kaldor: «Il n'y a pas de ligne de démarcation claire dans l'intérêt de l'ensemble de la liquidité, entre ce qu'est ine monnaie et ce qui ne l'est pas. Quelle que soit la définition que l'on choisisse pour la monnaie, cette définition sera entourée d'une muriade d'instruments plus ou moins liquides qui peuvent servir de substituts3».
Ainsi, à côté de ces instruments légaux, théoriquement contrôlés par la Banque Centrale, apparaissent de nouveaux instruments que le public accepte et utilise. Ces instruments naissent non seulement à l'intérieur des banques, mais encore au sein des entreprise elles-mêmes.
Il est facile de décuire de toutes les considérations précédentes que actuellement, on ne peut pas exercer de contrôle efficace sur l'invention d'argent.
Le résultat immédiat de cette situation, c'est que chaque banque, dans les conditionnements plus ou moins étroits quelui impose la Banque Centrale, agit selon ses propres convenances. Et il n'existe pas d'articulation effective au niveau de société géopolitique qui permette de tracer des stratégies globales pour tout le marché.
Ce n'est pas que les nécessités du marché, excédents ou déficits des secteurs de liquidité, soient totalement ignorés: la preuve en est dans le fait que la ganque est actuellement, et plus que jamais, un bon négoce. Mais les mesures pour subvenir à ces nécessités sont envisagées de façon empirique, partielle et non en fonction du bien commun, mais, presue toujours, en faveur des secteurs orivilégiés de la société.
Les Banque Centrales ne disposent pas d'instruments effectifs pour le contrôle de la situation. Et la théorie monétaire ne dispose pas non plus de solutions conceptuelles adéquates, puisque'elle n'a même pas été capable jusqu'ici de définir avec précision et rigueur le concept de système monétaire.
La preuve la plus palpable de l'anti-stratégie du marché et de l,invention d'argent se trouve dans la crise actuelle d'inflation-déflation (stagflation), qui préoccupe tellement et pour laquelle personne ne sait, pour le moment, trouver une solution.
4. La mondialisation des relations utilitaires.
A la sitation de désordre monétaire que nous venons de décrire, il faut ajouter tous les problèmes dérivés de la mondialisation des relations utilitaires.
Le commerce entre paus différents est un fait de plus en plus généralisé et de portée toujours plus grande, et il faut souligner tous ses avantages et tous les aspects énormément positifs qu'il comport. La division du travail à niveau mondial est un fait dont il est nécessaire de reconnaître la valeur, à condition qu.elle se fasse selon un principe d'équilibre réeñ de balance, stratégie principale qu'il faut appliquer pour garantir la viabilité du commerce extérieur.
Or, si le système monétaire intéieur de chaque société géopolitique est une source d'erreur et de confusionisme, il faut penser qu'au niveau du concept mondial la situatio n'est pas plus réconfortante. Ce qui se produit, c'est simplement que dans la confrontation de divises les pays les plus forts «exportent» leurs problèmes monétaires chez les plus faibles, de sorte que la sitation de ces dernier s'aggrave davantage. Les problèmes monétaires traversent les frontières et dans ce jeu il y a toujours des vainqueurs et des vaincus.
La question monétaire fondamentale qui se pose en toute transaction de commerce extérieur est celle de savoir quels moyens de paiement il faut employer, puisque cjhaque société géopolitique a une monnaie de validité strictement intérieure.
Cette question éttait facilement résolue dans le régine de monnaie métallique intrisèque, d'or ou d'argent, parfce que tous les paiements se faissient en métal mondialement accepté.
En régime d'étalon or -c'est-à-dire, de monnaie métalliique intrinsèque ou papier monnaie convetible- on continuat, du moins en théorie, sans avoir aucun probleme, puisque la convertibilité de la devise garantissait une parité déterminée en or, ainsi qu'un équilibre dynamique de balances. L'équilibre de balances se base sur divers mécanismes: les transferts d'or des pays en déficit aux pays en superavit; le postérieur mouvement équilibrateur du niveau général de prix et tout cela renforcé par l'intervention de la Banque Centrale sur le taux officiel de réescompte.
Or, aqvec la chûte de l'étalon or et, en conséquence, avec la convertibilité interne des unités monétaires de chaque pays, les relations avec le commerce extérieur deviennent complexes et confuse. Entre 1930 et 1945, une série de mesures protectionnistes -comme tarifs douaniers, continngentation, suspension de la convertibilité externe et du marché libre de devises, etc.- réduisirent en grande mesure le comerce mondial. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la contratation fut maxima.
Dans le but de trouver un système viable pour la preprise du commerce mondial, en juillet 1944, furent signés les accords de Bretton Woods, dans lesquels les EEUU, de fait, imposèrent ce qui leur convenait le mieux.
Ces accords visaient:
Le premir inconvénient était la subordination des ppays considérés «faibles» à ceux qui étaient considérés «forts». En effet, quand une société géopolitique quelconque contracte un déficit dans sa balance commerciale, il ne lui reste que deux recours: faire appel au crédit international ou puiser dans sa réserve de devises. Or, si le déficit est contracté par une société géopolitique émettrice de monnaie de réserve, cette société peut, en définitive, financier son déficit moyennant une nouvelle émission monétaires.
Ce fut précisément le cas des Etats Unis. Les EEUU ont profité leur position privilégiée jusqu'à la limite de leus possibilités, réabsorbant les énormes déficits de leur balance de paiement à travers l'émission incongntrôlée de dolars. Il faut signaler que l'origine de ce déficit n'était pas un exscès d'importations, mais une exportation de capitaux non compensée par una entrée correspondante de marchandises.
Cette
politique de financiation du déficit des EEUU donna lieu à
une telle inflation de dolar, en Europe, (exportation d'inflation),
que la convertibilité du dolar, dans la perspective des critères
officiels instaurée à Bretton Woods, fut mise en danger.
L'inconvertibilité fut un fait depuis 1967-68, bien qu'elle ne fût
décñarée officiellementqu'en août 1971, date
à laquelle le président Nixon dénonça unitéralement
les accords de Bretton Woods.
Dès lors, et malgré les essaies de mise en ordre que représentaient les accords de Washington, en décembre 1973 -dénoncés aux aussi unilatéralement par Nixon en 1973- le gold exchanges de devises se considerent flotants, c'est-à-dire, qu'ils ne connaissent pas de parités fixes, mais qu'ils se contractent dans un marché de dvises. Il n'y a donc aucune rérérence à une possible convnertibilité en or.
Le flottement de devises n'est en soi aucun mal pour le commerce extérieur. Dans cette optique, la sitation actuelle ne serait pas particulièrement grave, si ce n'était par une constatation fondamentale: tant que les monnaies intérieures de chaque societé géopolitique ne se rationaliseront pas, le commerce extérieur non plus ne pourra étre rationnel et, en conséquence, il ne pourra atteindre le nécessaire equilibre de blances, objectif quii constitue sa stratègie fondamentale.
Il est impossible de réaliser un commerce extérieur équilibré tant que:
Parvenus à ce point, nous sommes en conditions de tirer les conclusions finales de l'analyse que nous avons développée sur les systèmes monétaires.
Quant
à la nature du système monétaire, ses formes actuelles
nous montrent, plus que jamais, son abstraction fondamentale. La confrontation
historique entre nominalisme et métallisme a été
largement gagnée par le premier, bien que les références
et les défenses des théories métallistes se rencontrent
enconre dans beaucoup de livres et d'écrits sur le thème.
Cependant la majorité des critiques reconnaissent aujourd'hui que
le système monétaire est un simple instrument auxiliaire
sans aucune nécessité d,assumer une valeur intrisèque
et concrète. Il suffit de citer Schumpeter et Lord Kaldor.
Quand aux fonctions mercantiles et sociales du système monétaire, on peut conclure, après tout ce qui a été exposé dans ce chapitre, qui'il s'agit plutôt de: les fonctions ancestralement assumées par les systèmes monétaires (voir le chapitre 2) sont totalement déformées et défigurées dans l'actualité.
On doit réinventer un système monétaire rationnel et informatif capable de remplir avec efficacité les fonctions que, comme nous l'avons vu, il remplissait à son origine.
Par conséquent, nous consacrerons les chapitres suivants de cet
assai à la description d'un possible système monétaire
nouveau, plus rationnellement adapté aux exigences du marché
moderne. On donnera une importance spéciale à sa fonction
de documentation et d'information au sujet du marché.
1Quand,
par suite de l'irrépressible inflation, une pièce de monnaie
fondue donne un bénéfice mercantile intéressant par
rapport à sa valeur nominale, toutes les pièces de monnaie
de ce type disparaissent rapidement de la circulation.
2F.
Vergara: «Les faux-fuyants du monétarisme». Le Monde
Diplomatique, décembre 1983.
3Art.
cit. p. 3.